Makoumè – Ou – Pédé

Je parie que ce titre a attiré votre attention ! Ce mot qu’on ne peut pas lire sans l’entendre retentir dans nos cervicales, qui laisse une paralysie partielle ou totale selon la sensibilité.

On utilise aussi badyman, dous, créma, et chez les plus âgés l’expression se veut plus poétique : nonm ki enmé nonm (Homme qui aime les hommes). Ce sont les termes que l’on emploie aux Antilles pour dire homosexuel. Makoumè pourrait simplement être la traduction littéraire d’homosexuel, mais aux Antilles on ne s’est pas contenté de cela, ce terme est une injure. En Haïti, homosexuels et transgenres portent le même dénominatif : masisi.

Mais comment ce mot est-il arrivé dans le créole ?

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Makoumè en français signifie ‘ma commère’, et désigne étymologiquement le lien entre le parrain et la marraine d’un enfant : la marraine étant la commère du parrain, et ce dernier étant un compère pour la marraine. Par glissement sémantique, la définition du mot commère a prit une tournure péjorative ; il signifie également aujourd’hui une personne qui colporte partout des histoires, des nouvelles en général mauvaises. Différence de taille : ce mot s’emploie aussi pour les hommes de ces basses mœurs, mais il reste accordé au féminin.

Aux Antilles, les femmes ayant de fortes affinités entre elles, les très bonnes amies se confiant les petits secrets de quartiers ou personnels se disent commères, confidentes : Konmè an mwen, Ma commère. Alors les hommes qu’ils soient efféminés ou maniérés, qu’ils soient homosexuels soupçonnés ou homosexuels avérés, fréquentant des femmes se voyaient donc également appeler commère, d’abord par ces femmes dont ils étaient proches, puis, par extension par les autres personnes du quartier. Mais ce terme en créole prend une autre tournure. Makoumè est le confident d’une femme, mais aussi un homme qui aime les hommes. Dans la hiérarchie sociale, on emploie littéralement : nonm ki enmé nonm (homme qui aime les hommes).

Le mariage pour tous

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Plus de 4000 personnes défilaient dans les rues de la Guadeloupe et de la Martinique s’érigeant contre la loi du mariage pour tous. Le terme mariage est celui que Christiane Taubira a fait l’erreur d’employer en présentant ce projet de loi. Ce mot faisant appel à des notions de sacrement religieux réveillant les hostilités des plus dévots. N’est-il pas écrit dans l’ancien testament que : « Lorsqu’un homme couche avec un mâle comme on couche avec une femme, tous deux ont fait une chose détestable. Ils doivent absolument être mis à mort. Leur sang est sur eux. »

Voilà l’argument le plus entendu dans la masse populaire : « Le Seigneur a crée l’homme et la femme, aujourd’hui on veut marier l’homme et l’homme et la femme et la femme ». Simplet si j’ose dire, mais les références religieuses sont toujours présentes. Car en effet, les Antilles et la Guyane sont des départements à forte influence religieuse.

Dans nos départements français, l’homosexualité est légale. Ce n’est pas le cas chez certains voisins caribéens où elle est passible de peine de prison. Le Bassin Caribéen où trempent les racines de ces îles paradisiaques reste très touché par l’homophobie. La Jamaïque, la Dominique, Haïti sont les édifices de cette homosexualité mais également certains artistes Guadeloupéens qui auraient mieux fait de se taire en underground, tant leur Murder Music à rattrapé leurs succès nationaux. De son côté, Franck Ocean ; un rappeur américain gay ; nous demande de retenir que « le mariage n’est pas entre un homme et une femme mais entre l’amour et l’amour ».

Et en Afrique ?

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L’homophobie est forte dans toute les communautés noires. Dans de nombreux pays comme au Cameroun, l’homosexualité est un délit passible de six mois à cinq ans de prison. Sur simple dénonciation, des hommes se retrouvent derrière les barreaux de prisons.

Le « qu’en dira t-on » ou contrôle social

Les Antilles, la Guyane, la Réunion, les Pays Africains ne s’en remettront jamais. Que dirait le voisine et le voisin s’ils savaient que mon fils était homosexuel, que ma fille était enceinte à 18 ans, si on divorçait, si je changeais de foyer, s’ils découvraient que j’avais une maîtresse ? C’est le motif de toutes les fuites aux Antilles-Guyane et l’une des raisons pour lesquelles de nombreux sujets restent non traités. La peur du jugement donne lieu à la peur du rejet qui se manifeste par la fuite par plusieurs formes.

Les nouvelles images

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Des idées reçues ont longtemps servi à stigmatiser les homosexuels et à les rendre trop sexués mais dans un sens très malsain. La société ayant besoin d’un bouc-émissaire, a décidé que le sida venait des pédés venus de San Francisco. Mais aujourd’hui, les homos ont éminemment renversé ces clichés. Ils sont par exemple mieux représentés à la télévision : Laurent Ruquier, Mathieu Delourmeau, Julien Lepers, Gérard Louvin, Elton John, Ellen Degeneres ou Wentworth Miller. Alors, il n’est plus un tabou d’afficher son homosexualité. Intagram est devenu une plage ou s’exposent les plus assumés sans crainte des critiques. Les hashtags érigent des murs de mots 2.0 : #instagay, #gaylife, #gaynation, #teengay et bien d’autres. Ce qu’il est important de retenir est que trop de personnes souffrent du rejet de leurs proches qui ne comprennent pas que l’homosexualité n’est pas un choix mais une décision de la nature de faire s’aimer deux hommes, s’aimer deux femmes, d’unir deux êtres.

« N’essayez pas de plaire aux autres, essayez d’être heureux »

LoranSully

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