Marvin – Un Jamaïcain à Paris

Le père de Marvin est maçon, sa mère est femme de ménage dans un hôtel et le jeune jamaïcain a migré de la classe ouvrière à la classe moyenne par sa motivation et son ambition.

Je ne parlais pas un mot de français si ce n’est : « Bonjour »

12248729_10153120787176555_1884334017_n

 

LS : Depuis combien de temps vis tu à Paris ?

MARVIN : Je vis à Paris depuis un an et demi et avant j’étais à Orléans pendant deux ans à l’Université où j’ai étudié et validé un Master.

LS : Pourquoi as-tu choisi la France pour étudier ?

MARVIN : Une amie qui vivait déjà à Paris m’a mis l’idée en tête de venir étudier en France. A l’époque je pensais plutôt à partir à New-York pour faire un Master en Finance. J’ai pris son idée très au sérieux et me suis lancé dans cette aventure un peu folle.

LS : Comment tu t’es organisé financièrement et administrativement ?

MARVIN : Mon amie m’a aidé pour la partie administrative avec le visa par exemple. J’ai commencé à économiser un an avant mon départ, j’ai vendu ma voiture, je sortais moins en soirée.

LS : Et la réaction de tes parents à l’annonce de ton départ ?

MARVIN : Mes parents et mes amis ont remarqué un changement de comportement et s’étonnaient de me voir moins. Je leur ai annoncé mon départ quelques semaines avant de prendre l’avion. Ils étaient sous le choc mais m’ont vraiment encouragé. Ils trouvaient fou que je décide de tout changer. A l’époque je ne parlais pas un mot de français si ce n’est : « Bonjour » (rires)

LS : Quel niveau d’études tu avais en quittant la Jamaïque ?

MARVIN : J’avais un Bachelor en Finance et Gestion des Administrations. Je suis rentré à l’université d’Orléans où j’ai ensuite validé un Master en Commerce International. Je travaillais en même temps comme professeur d’anglais et ça marchait très bien. Je gagnais beaucoup d’argent en faisant ça parce que j’étais très demandé et par l’université et par des particuliers en même temps.

LS : Tu trouvais le temps de faire tout ça, étudier, travailler ?

MARVIN : Pour être honnête j’étais habitué à ce rythme parce qu’en Jamaïque j’ai commencé à travailler à la banque après mon Baccalauréat. Je travaillais quatre heures à la banque et le reste du temps j’étais à l’école. Donc j’avais vraiment l’impression de travailler plus en Jamaïque qu’ici en France.

Je suis arrivé à Paris pour trouver un stage et là j’ai commencé à déprimer

12226850_10153119514181555_1533252447_n

LS : Mais explique-moi comment tu es arrivé à Paris ?

MARVIN : Pour valider mon Master en Finance je devais effectuer un stage. Il a donc fallu que je trouve une entreprise et le domaine qui m’intéressait était la finance et Paris étant plus fertile, je fus naturellement orienté vers la capitale ; et c’est à partir de là que j’ai commencé à déprimer ?

LS : Déprimer ? Parce que la recherche fut plus compliquée que tu avais imaginé ?

MARVIN : J’ai vécu des expériences difficiles. Difficile peu importe à qui ça peut arriver mais encore plus quand on idéalise Paris.

LS : Que s’est-il passé ?

MARVIN : Je cherchais un stage dans la Gestion d’Actifs Financiers et ce fut très difficile car j’ai d’abord passé dix entretiens dans dix entreprises différentes et à chaque fois c’était la même chose. Un entretien téléphonique à la suite duquel j’étais convoqué à un entretien physique et à chaque fois j’avais droit à des réactions surprenantes.

LS : Quel genre de réactions ? Quelle fut ta pire expérience ?

MARVIN : Je n’avais envoyé ma candidature qu’à de grands groupes. Un jour lors d’un entretien le recruteur m’a demandé : « Pourquoi n’avez pas postulé chez Quick ou McDonald’s ? » Là ce fut le choc. Je n’ai pas pu m’empêcher d’exprimer ma surprise en répondant : « Vous avez bien lu mon CV ? Vous m’avez appelé après en avoir pris connaissance, non ? Et vous pensez vraiment que c’est un CV qui correspondrait à Quick ou McDonald’s ? » Je pensais l’avoir calmé mais il m’a répondu : « Je vous demande ça parce que les gens comme vous travaillent plus généralement chez KFC ou H&M d’autant plus que vous avez un très fort accent anglais. » Et là j’ai baissé les bras. Pour moi c’était vraiment dur à encaisser parce que je n’avais jamais été confronté aussi clairement à ce qu’on peut appeler de la discrimination. En Jamaïque on est compétent avant d’être noir, blanc, métis, on est recruté au CV et non à la couleur de la peau. Plus tard, j’ai appris qu’ils avaient recruté pour ce même poste une étudiante en littérature qui n’avait aucune connaissance en finance. Ce fut un vrai choc. J’ai arrêté de chercher et commencé à préparer mon départ. Je voulais quitter la France. Puis un jour j’ai reçu un appel de Rothschild Group. C’est arrivé à point nommé pour suspendre toute préparation de retour et me remotivé.

LS : Parce que ça a marché  pour toi chez Rothschild ?

MARVIN : J’ai effectué mon stage qui m’a permis de valider de mon Master, mon employeur a lutté pour un renouvellement de mon visa et aujourd’hui je suis en CDI dans une société du groupe où j’évolue comme Responsable Europe et Amérique du Nord. Ça me permet de voyager et de rencontrer de nouvelles personnes.

LS : On peut dire que tu es heureux d’être à Paris ? Aucun regret pour New-York ?

MARVIN : Paris est incroyable et je me rends compte avec le recul que j’ai bien fait de venir ici parce que les Etats Unis sont encore plus racistes envers les noirs que la France ne l’est.

LS : La Jamaïque te manque ?

MARVIN : J’ai dû mal à me faire des amis à Paris et honnête je me sens seul ici parfois. J’étais un personne très publique en Jamaïque car j’avais les moyens et j’avais beaucoup d’amis. A Paris les gens sont différents, ils ne s’attachent pas les uns aux autres, on se rencontre, on passe un bon moment ensemble et « it’s over » je suis devenu introverti. Et la nourriture Jamaïcaine me manque. Mais j’aime Paris.

LS : Même après les attentats ?

MARVIN : Après les attentats les chaînes jamaïcaines ont commencé à m’appeler, me solliciter c’est fou. Je suis devenu une référence chez moi car nous sommes très peu nombreux à vivre sur le territoire français. Alors j’ai donné des interviews par Skype sur des chaînes nationales pour donner mon ressenti pendant les émules.

LS : Quel sont tes rapports avec les autres Caribéens de France, Guadeloupe, Martinique, HaIti, te retrouves tu dans en eux ?

MARVIN : Aucunement, je ne ressens pas du tout de soutien de leur part et c’est dommage parce qu’on est si proche. Les gens veulent tous me parler en anglais pour progresser mais ils ne veulent pas parler français avec moi par exemple. Heureusement je suis des cours particuliers de français.

J’ai offert à mes parents de quoi ouvrir une ferme en Jamaïque et aujourd’hui nous cultivons du gimgembre et élevons des animaux.

12244201_10153119514081555_1640032870_n

LS : J’ai une dernière question pour toi. Tu vis à Paris, tu t’abreuves de connaissances et de contacts, mais penses-tu te servir de tout ça un jour pour aider la Jamaïque ? Autrement dit, as-tu un projet pour ton île ?

MARVIN : Mes parents ne savent même pas utiliser un ordinateur. Je suis parti avec le rêve d’un jour pouvoir leur offrir une ferme. Alors ça y est, ils ont leur ferme et une plantation de gingembres ; très utilisés sur l’île.

LS : Quels sont tes projets dans le futur ?

MARVIN : Je voudrais m’installer à London. C’est la meilleure ville au monde pour une parfaite intégration d’un jamaïcain. Ensuite investir dans des startups Caribéennes qui souhaitent se lancer en Europe. Les aider à trouver des aides et à se développer.

Marvin est le genre de battant que j’admire, une langue en poche, des ambitions en tête et des compétences réelles, voilà comment ce jeune jamaïcain s’est frayé un bel avenir à Paris.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *